Grèce : « Nous n’aurons bientôt plus aucune raison de ne pas être violents »

16 février 2012 Posté par benji

C’est un propos qui rejoint celui de Nigel Farrage, et il nous vient d’une française qui vit en Grèce depuis 20 ans et qui raconte les derniers événements qui ont enflammé la ville d’Athènes. Les différentes analyses se rejoignent, nous sommes à l’aube d’une révolution, si ce n’est d’une guerre civile. Observez bien ce qu’il se passe là bas, nous n’y échapperont pas, à partir du moment ou la Grèce tombe, la finance européenne risque de suivre, et chaque pays peut alors se retrouver dans la même situation.

Marie-Laure, française exilée en Grèce depuis 20 ans, raconte la manifestation qui a secoué les rues d’Athènes le 12 février, et l’angoissant climat qui s’installe dans le pays. « Prenez soin de vous, et de votre humanité. Si on oublie, si de rage, de peur ou de désespoir on en vient à se perdre, rappelez-nous à la nôtre », nous prévient-elle.

La manif de dimanche n’était en fait pas vraiment une manif. C’était plutôt comme si beaucoup, beaucoup de Grecs avaient décidé de se déplacer de leur boulot, de leur cuisine, d’où ils se trouvaient, pour aller se camper autour du Parlement… Il y avait des vieux, des mémés (pas beaucoup mais quand même), beaucoup de couples, cools.

On s’est retrouvés avec Yorgos Mitralias (fondateur de l’ELE, le comité pour l’audit de la dette grecque), dans une galerie historique, en contrebas de Syntagma. A cinq heures pile, on était à l’angle gauche du parlement, au coin de l’hôtel Grande Bretagne. Les forces de l’ordre, style Ninja « carapacés » jusqu’aux oreilles, avaient bloqué l’accès à plusieurs rues, et formé un cordon impressionnant devant le Parlement. Là, ils ont balancé les premiers lacrymogènes, et ça n’a pas cessé, ensuite, pendant des heures.

On a battu en retraite, fait le tour de la place en courant et trébuchant pour filer aussi vite que la foule le permettait. La foule, dense, partout. Les Ninjas nous repoussaient. La foule faisait des vagues, flux et reflux, mais on revenait toujours. Manifestement, les flics avaient peur qu’on n’atteigne le Parlement – on était prêts à rentrer, c’est vrai. A l’intérieur, on a vu plus tard ce qui s’y passait. Pour l’instant, il fallait reprendre son souffle et continuer, trois pas devant, quatre derrière…

Une foule immense et pacifique

Je ne raconte pas les « incidents » : ils sont sur tous les écrans. On nous parle de la catastrophe provoquée par les casseurs : très probablement d’une part, des flics provocateurs, comme d’habitude, pour justifier les lacrymo ; cette fois-ci, on tenait l’info d’un jeune cousin – flic – avec qui on a déjeuné juste avant la manif, lui était en arrêt maladie, le veinard… ; d’autre part, les supporters membres des club sportifs Panathinaïkos, Panionios et Olympiakos, ennemis jurés d’habitude, qui avaient décidé une trêve et lancé un appel aux supporters de se retrouver à Syntagma, alors même qu’un match se tenait, à la même heure. Eux, ou plutôt certains d’entre eux, sont bien entraînés, et ils savent casser, et castagner…

Catastrophe, donc, à Athènes. Ok, beaucoup de magasins incendiés (dont beaucoup de banques). Version Paris Match, c’est effectivement très impressionnant. Rien, mais rien du tout sur la foule immense, pacifique, qui s’en est pris plein les poumons, y compris Mikis Théodorakis, compositeur et véritable symbole pour les Grecs, et Manolis Glezos, symbole encore plus énorme, c’est lui qui a descendu le drapeau allemand de l’Acropole, pendant l’occupation. Ils ont aujourd’hui respectivement 88 et 90 ans, eh bien il s’est trouvé des flics pour les menacer de leurs matraques, et leur balancer leurs lacrymo. Et oui.

Un salaire minimum de 480 euros par mois

Ils avaient la trouille, oui, jusque dans leurs chaussettes, qu’on montre les images de cette mer de monde bruissante de colère et de désespoir. Les chaînes de télé montrent toutes les mêmes images, là, on se rend compte de la mainmise du pouvoir. Les journalistes « analysent » les dégâts, maintenant qu’ils sont rassurés sur l’avenir. Désormais rose bonbon, ouf, le mémorandum est passé, on aura désormais un salaire minimum de 480 euros par mois net. Donc la croissance va reprendre d’une minute à l’autre.

Bon, il faut se serrer un peu la ceinture, ok, mais on n’est pas irresponsables, nous les députés, on assume et on signe… On se désole que 100 personnes risquent de perdre leur emploi à cause des dégâts causés par les casseurs. Rien sur les 15 000 fonctionnaires qui vont perdre leur poste, ni sur les orphelinats qui ferment, tout simplement… Ils ont signé, les salauds, il n’y en a eu que 45 pour se rebeller contre la ligne donnée par leur parti (dont deux de l’extrême droite, qui ont signé pour, malgré la position de leur chef). Un député, héros du jour ou dangereux subversif, a balancé le mémorandum en direction de Venizelos (Evangélos Vénizélos, ministre des finances, ndlr). Nous voilà à la nouvelle ère, celle du mémorandum 2, là où on a faim, froid, et peur.

On aura faim, et froid

Mais pas assez, ou alors on est tellement en colère qu’on en oublie la peur, pour ne pas aller casser les bureaux des députés traîtres à notre cause. Il y en a déjà deux qui n’ont plus de locaux (dont un socialiste, si l’on peut dire), et qui cherchent leurs meubles… sur le trottoir. Le tour des autres viendra, on n’aura bientôt plus aucune raison de ne pas être violents. Faites passer, ça ne passera pas. Pas comme ça. Il y a les sous, oui. Mais aussi la dignité, les moments d’insouciance, les heures à ne rien faire et à ne penser qu’au bonheur de vivre.

Ça ne s’abandonne pas si facilement, son humanité. On aura faim, peut-être, surtout dans les villes (nous, on va mettre des poules dans le jardin, on a la mer, pas riche mais bon) ; on aura froid (ça on connaît déjà) ; on aura peur (c’est nouveau, on a goûté, on y goûte un peu plus tous les jours). Mais on avancera. Faites gaffe, ils se rapprochent. Ils auront fait de nous des cobayes, personne n’y croyait, et on y est. Demain, on mord… Prenez soin de vous, et de votre humanité. Si on oublie, si de rage, de peur ou de désespoir on en vient à se perdre, rappelez-nous à la nôtre.

Marie-Laure Veilhan

Photo : source

Article issu du site Bastamag.net

Autre information concernant la Grèce, la lutte contre l’immigration illégale et le projet d’ériger un mur de 4 mètres de haut avec caméras et barbelés, sur le modèle israélien (un pays militairement ami d’Israël…), mais au fait…. Avec quel argent ils veulent le bâtir?

Ce lundi le ministre grec Christos Papoutsis, répondant pour la sécurité intérieure du pays, a annoncé le plan de son gouvernement d’élever un mur sur 10 km de sa frontière turque. Haut de 4 mètres, il sera muni de caméras et de barbelé.

Le mur sera patrouillé par des militaires et des policiers. Les travaux de construction de cet ouvrage doivent commencer en mars. Il a la vocation de protéger la Grèce contre des immigrés illégaux et des contrebandiers. Des experts considèrent que le mur posera à la Grèce de nouveaux problèmes.

La longueur de la frontière terrestre entre la Grèce et la Turquie dépasse 200 km. Le mur va protéger un secteur entre les villages Kastanies et Nea Vissa, par où plus de 200 migrants clandestins passent chaque jour en territoire de Grèce, et à la fois de toute l’UE. D’après les données du gouvernement, quelque 55 mille personnes ont essayé de passer l’année dernière par la frontière gréco-turque. Le ministre grec de la Protection des citoyens Christos Papoutsis a appelé le futur ouvrage un projet de coopération des autorités grecques et turques en matière de lutte contre l’immigration illégale. De plus, il servira de preuve pour l’UE de la volonté de la Grèce d’honorer ses engagements pour ce qui concerne de protéger la frontière extérieure commune de la communauté européenne.

Des experts doutent cependant que ce mur permette à la Grèce de faire tarir efficacement le flot des intrus. Dmitri Danilov, en charge de la section de la sécurité européenne à l’Institut de l’Europe auprès de l’Académie russe des sciences a remarqué dans son interview à la «Voix de la Russie» :

A peine un tel ouvrage puisse-t-il résoudre le problème de lutte contre l’immigration illégale. Ici il s’agit de l’ensemble de l’UE, et pas seulement de la Grèce. Car le flux d’immigrés clandestins s’est considérablement accru après le « printemps arabe », et il est énorme. En plus de la Grèce, c’est par tout le sud-est de l’UE que les réfugiés et les immigrés illégaux arrivent. On parle sérieusement de la transparence des frontières, par exemple, de la Bulgarie et de la Roumanie. Il est peu probable que le mur grec puisse aider beaucoup sur ce plan.

La construction du mur entame sérieusement le prestige de l’UE, estime M. Danilov. En outre une barrière posée sur la voie de l’arrivée massive des réfugiés, assez agressifs, est capable de provoquer divers incidents frontaliers, allant jusqu’à des conflits humanitaires.

Trouvé sur etat-du-monde-etat-d-etre.net

Publicités
Cet article a été publié dans actualité, crash bousier , économie et politique, infos et véritées sur, psychologie et manipulation. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s