Fukushima et les abeilles….

6 avril 2012 Posté par voltigeur

Recentrer les priorités, c’est la réflexion que propose cet article, déifier ce système inique où les inégalités, le mépris du vivant est omniprésent, ne peut mener qu’à la disparition pure et simple de tout ce qui fait notre quotidien….

Le point aveugle de toutes les catastrophes

Mais quel est donc le rapport entre la catastrophe de Fukushima et celle de la désorientation des abeilles ? Deux équipes de chercheurs en France et en Ecosse viennent de prouver simultanément que les néonicotinoïdes, insecticides produits par de nombreux groupes industriels, Bayer, BASF, Du Pont, Syngenta pour protéger notamment les récoltes de colza, de tournesol et de maïs, sont une catastrophe pour les abeilles et le bourdon sauvage car ils perturbent leur système nerveux.

L’imidaclopride et le thiaméthoxame font perdre le sens de l’orientation aux abeilles et l’appétit au bourdon. Ne retrouvant plus le chemin de la ruche, les abeilles meurent égarées et le bourdon sans appétit ne féconde plus les reines, menaçant ainsi la production de miel et surtout la pollinisation, donc la reproduction des fraises, des framboises et des myrtilles.

Aucune catastrophe n’est équivalente à une autre mais c’est peut-être parce que nous sommes soumis au principe de l’équivalence générale qu’il y aura de plus en plus de catastrophes. Hypothèse féconde de Jean-Luc Nancy dans son dernier petit livre sous-titré “Après Fukushima”.

En 2011, l’ONU a recensé 300 catastrophes naturelles, nombre en explosion depuis 50 ans et dont les catastrophes climatiques représentent une très large part. Un typhon en Corée n’est, certes, pas équivalent à un tremblement de terre en Iran, à un ouragan en Louisiane, à une inondation en Chine, à une tempête en Vendée. Et le tsunami dans l’océan Indien qui a emporté presque 230 000 personnes – ô ridicule Pompéi avec ses 30 00 victimes – ne ressemble en rien à celui de Fukushima.

Aucune catastrophe naturelle n’équivaut à une autre et encore moins à une catastrophe industrielle. Ni équivalence comptable puisque le nombre de victimes et le coût des dégâts ne sont jamais comparables. Ni équivalence qualitative puisque l’impact psychologique sur les populations varie en fonction des conditions de vie et du niveau de développement du pays.

Pourtant, Jean-Luc Nancy parle d’équivalence générale des catastrophes. Notre monde a tellement interconnecté les ressources, les techniques et les échanges en les soumettant à la seule finalité de la productivité et de la rentabilité qu’il est devenu indifférent à sa propre survie, pire, aux conditions mêmes de son existence. Le monde peut disparaître, qu’importe, pourvu que le système tourne.

Il y a bien plus grave, dans une catastrophe, que les morts, le coût financier et économique, la dévastation des ressources de la terre, la misère des populations et la désolation des esprits.

Chaque catastrophe, apparemment minuscule comme celle de la désorientation des abeilles ou objectivement monstrueuse comme celle de Fukushima, porte en elle une catastrophe du sens. Car il n’y a plus de sens possible si tout s’équivaut, si tous les ordres, scientifique, technologique, économique et financier sont confondus, si les différents règnes du vivant sont mis sur le même plan.

Et c’est bien ce qui se passe quand “la technique rend l’animal et le végétal dépendant de substances de synthèse dont on le nourrit, ou bien expose à des émanations et des irradiations les sols, les plantes, les aliments – qu’on pense à l’irradiation ionisante comme technique de conservation alimentaire”. Tous les règnes du vivant, passant les uns dans les autres, deviennent plus toxiques et se contaminent entre eux.

Les minéraux empoisonnent les végétaux qui empoisonnent les animaux qui empoisonnent les hommes, seuls les dieux ne sont empoisonnés par rien, si ce n’est par tous les intégrismes religieux.

Les appels écologistes à respecter les droits de la nature et à promouvoir la biodiversité ou le développement durable risquent, hélas, de ne pas suffire. Il faudrait refonder tout notre édifice conceptuel. Résister au dogme de l’équivalence générale en démontrant qu’il y a des choses incommensurables et d’autres inestimables.

Chaque ordre a ses règles, le minéral est irréductible au végétal, lui-même irréductible à l’animal. L’homme doit penser l’autre de l’homme, le sol, la plante, l’animal, le dieu, avec autant d’attention. Chacun a sa grandeur, incommensurable. Mais nous vivons dans un monde qui convertit chaque jour des grandeurs incommensurables en quantités calculables. C’est ainsi que nous perdons progressivement le sens de ce qui est inestimable, et donc le sens tout court.

J-L Nancy nous encourage à retrouver l’estime sous l’estimation. Question de courage autant que de civilisation. L’estimation compare, calcule, convertit une valeur en une autre. L’estime, au contraire, “s’adresse au singulier et à la façon singulière de venir en présence, fleur,visage ou timbre ; elle s’adresse à quelque chose d’inestimable, de plus précieux que tout prix, quelque chose d’incalculable”.

L’inestimable, c’est ce qui décide de nos vies, ce qui leur donne, au-delà du sens, un peu de grandeur et de dignité. A propos, savez-vous ce que chacun de nos dix candidats à la présidentielle tient pour inestimable ?

 

Auteur : Paul-Henri Moinet

Source : www.lenouveleconomiste.fr vu sur Sos-Planète

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