Minorité écrasée

PostDateIcon 27 mai 2012 | PostAuthorIcon Auteur: Jo ^^

Dans ton temps, papi

Caricature: Yvon Roy

Par Élise Desaulniers

On les a traités d’enfants rois, d’extrémistes et de bébés gâtés. J’aurais envie qu’on parle de minorité.
Il est curieux qu’après tout ce qui a été écrit sur la crise déclenchée par la hausse des frais de scolarité, personne à ma connaissance n’ait pensé regarder le poids que représentent ces jeunes dans la société.

C’est bien connu, les idées qui dérangent l’ordre établi et qui entraînent des révolutions sociales naissent souvent chez les plus jeunes générations. Gandhi a fondé le Natal Indian Congresspour combattre la discrimination contre les Indiens en Afrique du Sud à 25 ans. Martin Luther King en avait 34 lorsqu’il a prononcé son « I have a dream. » Plus récemment, on n’a pas hésité à parler de « génération révolution » pour décrire ceux qui sont en train de transformer le monde arabe. Mais si les jeunes québécois ont réussi à révolutionner tranquillement le Québec à la fin des années 60, ils ont été aidés par leurs poids démographique. En fouillant dans les données de l’ISQ, je suis tombée sur ce graphique étonnant. En 1971, 57% des Québécois avaient moins de 30 ans. Ils ne sont plus qu’un chétif 34%. Et alors que les 18-34 ans comptaient pour 28% de la population en 1971, ils ne sont plus que 22% aujourd’hui. La lutte que mènent les étudiants depuis plus de trois mois, c’est aussi la lutte d’une minorité qui souhaite être écoutée. Une minorité écrasée par la pyramide démographique.

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Le Québec veillit et les choses ne sont pas près de s’améliorer. Dans 38 ans, en 2050, alors que les grévistes d’aujourd’hui vont approcher de la soixantaine, les moins de 30 ans ne compteront plus que pour 30% de la population. Les 18-34 ? 19%.

Dans les années 60, les jeunes étaient en majorité. Aujourd’hui et dans les années à venir, ils sont et seront en minorité. On a pas fini de voir le Québec divisé sur la place à accorder à leurs revendications. Vieillir, c’est aussi avoir tendance à adopter des valeurs sociales plus conservatrices (1). Quand nos cheveux prennent du gris, on cherche la sécurité et l’ordre davantage que les réformes. Dans ce contexte, le changement sera de plus en plus difficile à faire accepter.

Nos institutions politiques doivent être repensées pour permettre à la minorité d’être entendue. Un scrutin proportionnel est souhaitable, évidemment. Mais on peut aussi penser au vote à 16 ans et pourquoi pas, à une sur-représentation des jeunes dans les assemblées, comme on l’a déjà fait dans l’histoire pour d’autres minorités oppressées. Et peut-être faut-il se faire à l’idée, on n’a pas fini de voir les jeunes s’emparer de la rue pour être entendus.

« La démocratie est une véritable dictature de la majorité lorsque chacun des électeurs vote en fonction de ses intérêts personnels plutôt que pour chercher à atteindre le bien commun, ou, comme Rousseau appelait, la volonté générale. Contre la dictature gérontocratique qui s’installe au Québec, la volonté générale, celle qui veut le bien commun, n’a pas le choix que de se faire entendre dans la rue. La voix de la rue est plus démocratique que le vote d’une dictature parlementaire aux services des intérêts privés. »

François Doyon

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