Arte pratique la censure sur la Crise grecque

28 mai 2012 Posté par benji sous Argent et politique

Nous n’avons pas à être informés de ce qu’il se passe en Grèce pour plusieurs raisons, la première est que les mouvements contestataires pourraient donner des idées aux autres pays dont le notre, il ne faut pas non plus donner de raisons valables aux gens de détester les systèmes financiers ou bancaires, et enfin il ne faut pas faire peur aux gens! Voici trois des meilleures raisons pour lesquelles nous ne sommes pas informés correctement via les médias, et la chaine de télévision Arte ne déroge pas à la règle quand il s’agit de la Grèce, comme quoi la liberté d’expression est une valeur toute relative…

Acrimed reproduit avec son autorisation la lettre de Vicky Skoumbi, rédactrice en chef de la revue grecque αληthεια.

 

Voici le contenu de la lettre:

« Chères amies, chers amis,

Le jeudi 16 mai, j’ai participé à l’émission d’Arte 28 minutes sur le thème : La Grèce, talon d’Achille de l’Europe ?

Je viens de visionner l’émission telle qu’elle a été diffusée et j’en crois pas mes yeux : le passage où je disais que l’aide accordée à la Grèce a été en réalité une aide aux créanciers du pays, et que les plans de sauvetage successifs ont été conçus pour protéger les créanciers d’un défaut éventuel de la Grèce, tout en plongeant le pays dans une récession de l’ordre de 20 % en le menant tout droit à la faillite, a tout simplement disparu ! Si vous regardez attentivement, vous constaterez les traces de coupure par des enchaînements assez abrupts et la non-fluidité de la parole après la première intervention de Benjamin Coriat.

 

De même est passé à la trappe, un passage vers la fin où j’avais évoqué une confrontation qui n’est pas de nature nationale entre Grecs et Allemands, mais bel et bien entre deux camps transnationaux, c’est-à-dire entre ceux qui, en marchant littéralement sur des cadavres, défendent les intérêts du secteur financier d’une part, et d’autre part ceux qui défendent les droits démocratiques et sociaux et en fin de compte le droit à une vie digne de ce nom. Je prends à témoin Benjamin Coriat qui participait à l’émission et qui pourrait certifier que j’ai bien tenu ces propos dont la trace disparaît sous les ciseaux du censeur.

Car, cela relève tout simplement de la CENSURE. Une question s’impose : Qui donc contrôle Arte et qui filtre les infos ainsi ?

Je l’avoue, je n’en reviens pas. L’émission a été enregistrée « dans les conditions du direct » deux heures et demie avant sa diffusion et que je sache cette formule veut dire qu’on ne coupe pas, à la limite on refait une prise si on a un souci, ce qui a été le cas pour les présentations. Et même si la pratique établie est de couper un peu les longueurs, comment se fait-il que les deux coupes principales portent, comme par hasard, sur des propos concernant les vrais bénéficiaires de l’aide à la Grèce, c’est à dire les banques, ainsi que sur le caractère fallacieux de la supposée confrontation gréco-allemande ?

 

Comme vous pouvez d’ailleurs sans doute le constater vous-même, mon temps de parole correspond à un tiers – peut-être même moins – de celui de monsieur Prévelakis. Celui-ci, avec sa proposition d’un médiateur, sous la tutelle duquel devrait se mettre la Grèce, proposait rien de moins que de suspendre les procédures démocratiques en Grèce et de donner à Sarkozy (!) la position d’un tuteur du peuple grec qui ne saurait être représenté par ses élus, surtout si ceux-là appartiennent par malheur au Syriza. J’ai bondi mais on ne m’a pas laissé le temps de réagir en coupant là l’émission.

 

Conclure l’émission sur ce propos est absolument scandaleux. Cela n’honore pas, loin de là, Arte qui se revendique d’une sensibilité démocratique. D’ailleurs, si vous regardez un peu attentivement le déroulement juste avant la fin, vous verrez que la dernière question s’adresse à moi, madame Quin se tourne bien vers moi et non pas vers M. Prévélakis. Et ma réponse concernant les deux Europe qui s’affrontent et qui précédait la conclusion de Georges Prévélakis, est passée complètement à la trappe.

Bref, les coupures, la répartition inégale du temps de parole, la conclusion sur un appel à suspendre la démocratie en Grèce, tout cela, si n’est pas de la manipulation de l’information, c’est quoi au juste ?

Voilà bien des questions sur le traitement de l’information par une chaîne européenne qui se veut indépendante.

Merci de diffuser ce message le plus largement possible et de l’afficher sur les réseaux, si vous voulez bien.

Vicky Skoumbi,
rédactrice en chef de la revue grecque αληthεια
 »

Bien sûr que Arté ne diffuse plus la vidéo, mais je vous la soumets,

 

Bien sûr Arté a répondu a Vichy Skoumbi, mais sa réponse n’est pas convaincante :

http://www.arte.tv/fr/6688648.html

Les milliards qui ont été débloqués non pour aider la Grèce mais pour les créanciers de la Grèce, cela on le savait, ce n’est pas un scoop. Un jour on saura aussi que la sortie de la Grèce n’arrange pas les créanciers et c’est la seule raison pour laquelle la Grèce devrait rester dans la zone euro. Quand ils nous disent que les Grècs ne veulent pas sortir de l’euro c’est un pur mensonge. De même la menace que la sortie de la zone euro serait pire que les plans d’austérité. Mais soutenir autre chose que leur catéchisme est blasphématoire.

Source: Agoravox.tv

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